création 2014

première représentation au théâtre Garonne de Toulouse le 17 septembre 2014


conception : Maguy Marin
en étroite collaboration avec : Ulises Alvarez, Kaïs Chouibi, Laura Frigato, Daphné Koutsafti, Mayalen Otondo/Cathy Polo, Ennio Sammarco


Le rythme c’est la forme dans l’instant qu’elle est assumée par ce qui est mouvant, mobile, fluide, c’est la forme improvisée, momentanée, modifiable
- Emile Benveniste *.

En ce sens, la vie humaine peut être envisagée comme une forme en constante mutation, un chemin qui marche **, une suite d’instants qui sont comme les pulsations d’un rythme plus vaste, à l’échelle d’une vie.

D’instant en instant, cette rythmicité est à la fois ce qui nous est le plus proche et reste le plus inconnu : une démarche, des paroles, des réflexes ; chacun de nos gestes définisseCréation 2014nt des phrasés rythmiques composés d’une succession d’instants.

Petit à petit, ce que nous vivons s’agrège progressivement à ce que nous avons vécu, et résonne déjà, entre mémoire et attente, de ce que nous vivrons. Les possibles devenirs, multiples à notre naissance, se réduisent progressivement jusqu’à définir l’existence unique d’un être particulier, un rythme qui signe une manière de vivre le temps.

Des flux aux vitesses et lenteurs diverses, des durées, des élans, des repos, des accents, des intensités, des densités, des attaques, des timbres, des tempi se déploient dans le présent d’une expérience sensible à la fois empreinte de tout ce qui fut et pourtant déjà à l’écoute de tout ce qui sera.

Apparaissent alors les divers rythmes, les diverses manières de fluer, des instants qui sont autant de parties constituant l’ensemble d’une vie humaine particulière parmi d’autres vies humaines tout aussi particulières, des co-existences qui avec l’ensemble plus vaste des générations humaines composent une musicalité.

 

Toutes les dates de la tournée 2014-2015  ici


* Emile Benveniste, « La notion de rythme dans son expression linguistique », in Problèmes de linguistique générale, Gallimard, 1966.
** Paul Klee, « La Pensée créatrice », Dessain et Tolra, 1973.

Les coproducteurs : théâtre Garonne de Toulouse. Théâtre de la ville / Festival d'automne à Paris. Monaco Dance Forum - Les ballets de Monte-Carlo. Opéra de Lille. La Filature, Scène nationale de Mulhouse. théâtre Garonne de Toulouse. Ballet du Nord - Centre Chorégraphique National de Roubaix Nord de Calais. Charleroi Danses - Le Centre chorégraphique de la Fédération Wallonie - Bruxelles. MC2: maison de la culture de Grenoble. Théâtre de Nîmes - scène conventionnée pour la danse contemporaine. Fondation CRT Milan en collaboration avec Change Performing Arts. Compagnie Maguy Marin. Aide à la création : L'Adami.

L'Adami, société des artistes-interprètes, gère et développe leur droit en France et dans le monde pour une plus juste rémunération de leur talent. Elle les accompagne également avec ses aides aux projets artistiques.

© Cie Maguy Marin

RAMDAM, un centre des arts

Juillet 2011 la compagnie quitte le CCN de Rillieux-la-Pape après 12 années d’un travail intense et passionnant, pour reprendre une activité de compagnie indépendante. Cette décision importante répond au désir toujours très vivant et impératif d’expérimenter autrement l’enjeu que présente l’acte de création. Pour permettre d’alimenter le questionnement permanent dont il est le lieu, la nécessité d’un changement de contexte s’est simplement présentée comme un potentiel capable de prolonger sous d’autres formes ce qui en est le cœur.

Six mois après, en 2012, sollicités par le théâtre Garonne et la Ville de Toulouse, nous décidons d’installer la compagnie à Toulouse. Après quelques études, il s’avère que le patrimoine immobilier de la Ville ne permet pas de répondre favorablement au besoin d’implantation pérenne de la compagnie et que toute construction nous projette à une échéance de plusieurs années encore.

Pendant un temps grâce à la complicité du théâtre Garonne la compagnie a bénéficié, autant que possible, d'espaces de répétition mais le manque crucial d’un lieu de travail autonome, les 2 premières années, pousse la compagnie, en septembre 2013, à louer à Toulouse, un espace de 300 m2 qu’elle aménage sommairement, entraînant des coûts supplémentaires dans son fonctionnement.

 Suite à ces difficultés, l’idée d’une installation à Sainte-Foy-lès-Lyon, en 2015, à Ramdam, dans cette ancienne menuiserie, acquise en 1995 grâce à mes droits d'auteur, a pris corps. En 1997, j'avais eu l'idée, avec Denis Mariotte, de mettre à disposition gracieusement ce site pour un projet d’accueil d’équipes artistiques. Nous avons fondé ce projet appelé Ramdam, du nom donné au lieu, en réunissant autour de nous une équipe. Il est activé depuis 17 ans par une association qui propose aux artistes des résidences, de la formation et des ouvertures publiques. Ce projet actif et pérenne est actuellement soutenu par la Région Rhône Alpes, l'état et la ville de Sainte-Foy-Lès-Lyon.

En 2015  l'installation de la compagnie à Ramdam enclenchera le déploiement d’un nouveau projet ambitieux que j'appelle : RAMDAM, un centre des arts. En continuité avec les fondements qui ont été à l’origine des activités actuelles du lieu et tout en répondant aux nécessités très concrètes liées au fonctionnement de la compagnie - Élaborer son travail de création et de répétitions, permettre de réunir l’équipe entre ses temps de tournées, développer ses activités d’ateliers, de formation et de recherche - RAMDAM, un centre des arts, sera un foyer de créations artistiques bouillonnant, un lieu de recherche. Une inscription qui déborde l’activité pure et simple d’une compagnie chorégraphique pour croiser d'autres recherches ou formes artistiques voire intellectuelles.

 

Avec d'autres artistes, je souhaite, par ce nouveau mouvement, réinvestir très concrètement cet espace, pour en faire un lieu propice à stimuler l’effervescence d’un partage politique qui fasse de la question de l’art et du poétique le lieu d’un exercice du voir,  de l’entendre, du sentir, du penser, du dire. Les choix esthétiques, philosophiques et politiques seront pensés dans la cohérence d’une orientation artistique singulière et signée.

Afin d’articuler dans ce même lieu la complémentarité des objectifs et la mutualisation des moyens entre l’association actuelle et la compagnie, rouages garants dans leurs missions respectives de la cohésion de l’activité globale du lieu RAMDAM, il sera important de garder la distinction juridique entre ces deux structures.

La permanence d’une équipe de création installée dans le lieu élargira ainsi son potentiel de rayonnement, de questionnement et d’émulation. Poursuivant l’hospitalité adressée à des artistes aux formes esthétiques nées de tous les champs artistiques, des artistes venus de paysages proches et lointains, RAMDAM offrira le calme et la tranquillité, l’espace et le temps nécessaires pour la mise en œuvre de projets artistiques et pour leur diffusion auprès du public, dans un frottement fécond avec d’autres imaginaires artistiques.

Par la coopération active entre les différents acteurs et collaborateurs des deux structures, par l’activation permanente d’une circulation entre artistes, chercheurs, étudiants, amateurs, spectateurs, personnes qui auront plaisir à s’y rendre pour y découvrir des œuvres, des chantiers, des laboratoires, RAMDAM s’ouvrira à une expérience du sensible qui contribuera à découvrir les chemins d’un partage par la parole ou le silence, par l’écoute de ce qui dans notre monde et tant que nous vivrons, nous tient encore à cœur, nous bouleverse, déplace nos points de vue, nous fait comprendre, nous révolte, nous amuse. Des conversations essentielles pour penser notre relation au monde qui entoure, notre « Umwelt ».

RAMDAM, un centre des arts a aussi pour vocation de rayonner, de se mettre en réseau avec d'autres lieux, proches ou lointains, partenaires actifs de ses désirs mais aussi relais pour favoriser la circulation des artistes et de leurs œuvres. Favoriser les aller retours d'un lieu à l'autre, d'un pays, d'une culture à l'autre…

Maguy Marin