création 2014

.

BiT


conception : Maguy Marin
en étroite collaboration avec : Ulises Alvarez, Kaïs Chouibi, Laura Frigato, Daphné Koutsafti, Mayalen Otondo/Cathy Polo, Ennio Sammarco

direction technique et lumières : Alexandre Béneteaud . musique : Charlie Aubry . éléments de décors et accessoires : Louise Gros et Laura Pignon . réalisation des costumes : Nelly Geyres assisté de Raphaël Lo Bello . son : Antoine Garry et Loïc Goubet . régie plateau : Albin Chavignon . dispositif scénique : la compagnie Maguy Marin
merci à Louise Mariotte pour son aide
 

Entretien avec Maguy Marin, réalisé à quelques jours de la création de BiT
Propos recueillis par Bénédicte Namont et Stéphane Boitel, Théâtre Garonne - Toulouse août 14. 

Maguy Marin – Au départ, il y a le rythme. J'ai commencé à construire la pièce très tard alors que ça faisait plusieurs semaines qu'on travaillait sur le rythme, ça m'a permis de travailler sans projection. Travailler sur le rythme c'est un travail de dentelle, et le fait d'être dans une telle complexité évite de projeter des images ou des intentions. Le ressenti arrive ensuite. Si je réfléchis il y a toujours des questions mathématiques à la base de mon travail, ça commence par là, par des questions de durée, de temps. Ça ne commence que par-là en fait. Le vivant se reconstitue à partir de quelque chose d’abstrait, qui n'a rien de naturel.
Tout mon travail est sous-tendu par des choses complexes, j'ai besoin de m'appuyer sur un maillage invisible – que je rends invisible – mais précis, qui sous-tend tout le rapport entre les éléments du spectacle, les corps, etc. et sur lequel je peux construire. La liberté vient après. Mais d'abord c'est un long travail de répétition, on refait encore et encore. A force de faire, le corps se fond dans le mouvement… C’est comme avec des chaussures neuves, elles se font au pied petit à petit, et au bout d'un moment elles sont vraiment à toi.

Politiques du rythme
Le travail de rythme - taper dans les mains, les percussions, les subtilités du jeu d'un batteur – tout ça, c'est du plaisir pour moi. Le rythme, c'est aussi ce qu'on voit tout le temps dans la rue, comment une vie est aussi scandée par des événements très rapides à certains moments, ou plus lents à d'autres... Comment le rythme de chacun s'articule avec celui des autres. Le rythme des générations... Ça devient une question très politique pour moi, qui n'apparaît pas forcément dans le spectacle. Aussi, je suis assez fascinée de voir comment des masses se forment, comment des solitudes se forment, et le mystère de ce flux. Dans mon travail je lutte plutôt pour la concordance de ces flux, en même temps la discordance entretient une contradiction qui nourrit le collectif.
nocturnes était une pièce lente, mais la lenteur aujourd'hui impatiente tout le monde. Dans Salves, Umwelt, Description d'un combat ou Turba, tout le monde était dans la même pulsation. La différence ici est que les interprètes sont parfois en net décalage entre eux ou par rapport à la musique, ou par rapport à ce que le public attend ; ils sont à contretemps du plaisir du public, de ce plaisir que le public éprouve à « être avec » les interprètes. Quand le public est décalé par rapport aux danseurs, c'est vécu comme une forme de violence. Car le réflexe, c'est toujours de se mettre au diapason des autres : être discordant demande du courage... La tendance est de dire « je vais avec », il y a une résistance à dire « je ne vais pas avec » ; le public a envie « d'aller avec ».
Les danseurs sont très décalés par rapport aux rythmes musicaux du spectacle, en même temps les gens qui dansent en boîte sont aussi décalés à leur façon, ils sont ensembles mais chacun danse seul. La danse peut être une forme d'oubli de soi, le corps est pris dans un inconscient, dans une folie, il prend le pouvoir. 
La grande différence avec Salves et les dernières pièces, c'est que dans BiT il y a une continuité. Salves est morcelé par des noirs, ce sont des moments pris sur le vif. Ici, c'est comme une seule chose, qui se tord mais ne s'interrompt jamais. C'est Charlie Aubry (musicien et sound designer) qui a composé la musique pour le spectacle, elle a des éclats incroyables, avec des matières sonores qui combinent nappes et rythmes. L'écriture de la musique se fait parallèlement à l’écriture chorégraphique, mais je travaille sans musique  préexistante, je travaille uniquement au métronome. Parfois pendant les répétitions je demande à Charlie d'envoyer de la musique qui n'a pas de rapport avec ce qui se passe au plateau, ou parfois oui. La musique et le plateau sont comme des choses qui s'ignorent et se rejoignent à certains moments.


 

Toutes les dates de la tournée 2014-2015  ici


Les coproducteurs : théâtre Garonne de Toulouse. Théâtre de la ville / Festival d'automne à Paris. Monaco Dance Forum - Les ballets de Monte-Carlo. Opéra de Lille. La Filature, Scène nationale de Mulhouse. théâtre Garonne de Toulouse. Ballet du Nord - Centre Chorégraphique National de Roubaix Nord de Calais. Charleroi Danses - Le Centre chorégraphique de la Fédération Wallonie - Bruxelles. MC2: maison de la culture de Grenoble. Théâtre de Nîmes - scène conventionnée pour la danse contemporaine. Compagnie Maguy Marin. Aide à la création : L'Adami. Avec le soutien de la Biennale de la danse de Lyon et du Théâtre National Populaire.
première représentation au théâtre Garonne de Toulouse le 17 septembre 2014

L'Adami, société des artistes-interprètes, gère et développe leur droit en France et dans le monde pour une plus juste rémunération de leur talent. Elle les accompagne également avec ses aides aux projets artistiques.

© Didier Grappe

RAMDAM, un centre des arts

Juillet 2011 la compagnie quitte le CCN de Rillieux-la-Pape après 12 années d’un travail intense et passionnant, pour reprendre une activité de compagnie indépendante. Cette décision importante répond au désir toujours très vivant et impératif d’expérimenter autrement l’enjeu que présente l’acte de création. Pour permettre d’alimenter le questionnement permanent dont il est le lieu, la nécessité d’un changement de contexte s’est simplement présentée comme un potentiel capable de prolonger sous d’autres formes ce qui en est le cœur.

Six mois après, en 2012, sollicités par le théâtre Garonne et la Ville de Toulouse, nous décidons d’installer la compagnie à Toulouse. Après quelques études, il s’avère que le patrimoine immobilier de la Ville ne permet pas de répondre favorablement au besoin d’implantation pérenne de la compagnie et que toute construction nous projette à une échéance de plusieurs années encore.

Pendant un temps grâce à la complicité du théâtre Garonne la compagnie a bénéficié, autant que possible, d'espaces de répétition mais le manque crucial d’un lieu de travail autonome, les 2 premières années, pousse la compagnie, en septembre 2013, à louer à Toulouse, un espace de 300 m2 qu’elle aménage sommairement, entraînant des coûts supplémentaires dans son fonctionnement.

 Suite à ces difficultés, l’idée d’une installation à Sainte-Foy-lès-Lyon, en 2015, à Ramdam, dans cette ancienne menuiserie, acquise en 1995 grâce à mes droits d'auteur, a pris corps. En 1997, j'avais eu l'idée, avec Denis Mariotte, de mettre à disposition gracieusement ce site pour un projet d’accueil d’équipes artistiques. Nous avons fondé ce projet appelé Ramdam, du nom donné au lieu, en réunissant autour de nous une équipe. Il est activé depuis 17 ans par une association qui propose aux artistes des résidences, de la formation et des ouvertures publiques. Ce projet actif et pérenne est actuellement soutenu par la Région Rhône Alpes, l'état et la ville de Sainte-Foy-Lès-Lyon.

En 2015  l'installation de la compagnie à Ramdam enclenchera le déploiement d’un nouveau projet ambitieux que j'appelle : RAMDAM, un centre des arts. En continuité avec les fondements qui ont été à l’origine des activités actuelles du lieu et tout en répondant aux nécessités très concrètes liées au fonctionnement de la compagnie - Élaborer son travail de création et de répétitions, permettre de réunir l’équipe entre ses temps de tournées, développer ses activités d’ateliers, de formation et de recherche - RAMDAM, un centre des arts, sera un foyer de créations artistiques bouillonnant, un lieu de recherche. Une inscription qui déborde l’activité pure et simple d’une compagnie chorégraphique pour croiser d'autres recherches ou formes artistiques voire intellectuelles.

 

Avec d'autres artistes, je souhaite, par ce nouveau mouvement, réinvestir très concrètement cet espace, pour en faire un lieu propice à stimuler l’effervescence d’un partage politique qui fasse de la question de l’art et du poétique le lieu d’un exercice du voir,  de l’entendre, du sentir, du penser, du dire. Les choix esthétiques, philosophiques et politiques seront pensés dans la cohérence d’une orientation artistique singulière et signée.

Afin d’articuler dans ce même lieu la complémentarité des objectifs et la mutualisation des moyens entre l’association actuelle et la compagnie, rouages garants dans leurs missions respectives de la cohésion de l’activité globale du lieu RAMDAM, il sera important de garder la distinction juridique entre ces deux structures.

La permanence d’une équipe de création installée dans le lieu élargira ainsi son potentiel de rayonnement, de questionnement et d’émulation. Poursuivant l’hospitalité adressée à des artistes aux formes esthétiques nées de tous les champs artistiques, des artistes venus de paysages proches et lointains, RAMDAM offrira le calme et la tranquillité, l’espace et le temps nécessaires pour la mise en œuvre de projets artistiques et pour leur diffusion auprès du public, dans un frottement fécond avec d’autres imaginaires artistiques.

Par la coopération active entre les différents acteurs et collaborateurs des deux structures, par l’activation permanente d’une circulation entre artistes, chercheurs, étudiants, amateurs, spectateurs, personnes qui auront plaisir à s’y rendre pour y découvrir des œuvres, des chantiers, des laboratoires, RAMDAM s’ouvrira à une expérience du sensible qui contribuera à découvrir les chemins d’un partage par la parole ou le silence, par l’écoute de ce qui dans notre monde et tant que nous vivrons, nous tient encore à cœur, nous bouleverse, déplace nos points de vue, nous fait comprendre, nous révolte, nous amuse. Des conversations essentielles pour penser notre relation au monde qui entoure, notre « Umwelt ».

RAMDAM, un centre des arts a aussi pour vocation de rayonner, de se mettre en réseau avec d'autres lieux, proches ou lointains, partenaires actifs de ses désirs mais aussi relais pour favoriser la circulation des artistes et de leurs œuvres. Favoriser les aller retours d'un lieu à l'autre, d'un pays, d'une culture à l'autre…

Maguy Marin